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: 09/08/2008

Un migr sur deux est une femme

20 2011, 07:34


Un migr sur deux serait une femme, selon le trs srieux Institut des statistiques conomiques et sociales franais INSEE. La tendance a, certes, commenc dans les annes 1970 avec les regroupements familiaux qui, avec larrive sur le sol franais des pouses dmigrs, ont au minimum doubl la population migre fminine.


Linscurit, qui avait prvalu en Algrie durant les annes 1990, et la mauvaise gouvernance du pays, qui en avait suivi durant la dcennie 2000, feront exploser le taux de fminisation de lmigration qui passera denviron 36% en 1982 51% aujourdhui, selon ce mme institut. Le mme phnomne serait perceptible au Qubec, selon la sociologue Myriam Hachimi Alaoui, qui a publi ce sujet une intressante tude dans la revue NAQD (n28). Selon lauteure qui y a effectu des investigations trs pousses, le Qubec est devenu une terre dasile pour des milliers dAlgriennes pour la plupart hautement diplmes et politiquement impliques dans divers processus de lutte, fuyant seules ou en famille les perscutions des islamistes et, dans certains cas, des services de scurit algriens.

Lon apprend alors que lAlgrie a certes perdu des dizaines de milliards de dollars en destruction de tous genres, mais aussi et surtout une partie non ngligeable de sa classe moyenne constitue de femmes et dhommes de grande valeur intellectuelle et professionnelle. Les exils en question faisaient partie, prcise lauteure de ltude, de llite intellectuelle francophone partageant le sentiment de faire partie dune mme gnration historique ayant la particularit davoir fait leurs tudes en franais, de disposer de diplmes de lenseignement suprieur qui leur avaient ouvert la voie de valorisantes carrires professionnelles au temps des programmes de dveloppement des annes 1970 et 1980 et de hauts cursus universitaires au sein dune universit dAlger en ce temps-l encore aurole de prestige.

Ce sont ces milieux intellectuels au sein desquels de nombreuses Algriennes diplmes militeront sur la base didologies laques pour diverses causes (mancipation, lutte pour labrogation du code de la famille, reconnaissance de la culture berbre, etc.) qui fourniront, lorsquelles seront confrontes armes ingales aux terroristes islamistes et aux intrigues des services de scurit algriens, le gros des cohortes dexils, parmi lesquels de nombreuses femmes qui prendront principalement la direction de la France et du Canada franais (Qubec).

Linvestigation mene par Myriam Hachimi Alaoui auprs des Algriennes exiles montre lvidence que ces dernires taient pour la plupart engages des degrs divers dans des mouvements dmancipation, depuis celles qui en furent les initiatrices (responsables et cadres des organisations ) celles qui ont t ponctuellement prsentes aux nombreuses marches des femmes organises dans les grandes villes dAlgrie pour contrecarrer la monte de la mouvance islamiste et dnoncer les actes dintolrance qui se multipliaient souvent avec la complicit de certains cercles du pouvoir. Grce aux rseaux sociaux quelles entretiennent avec de nombreux acteurs politiques, voire certains responsables des services de scurit, elles apprennent trs vite le degr de danger quelles encouraient, aussi bien auprs des militants islamistes qui les avaient repres et mises sur la liste des personnes abattre, que de celle des services de scurit qui leur reprochaient leur excs dactivisme.

La liste de ces fauteuses de troubles tait dautant plus facile tablir quelles faisaient, depuis longtemps dj, lobjet de surveillance pour celles qui participaient des activits au sein de lUNEA, aux volontariats de la Rvolution agraire, la dfense des droits de lhomme au sein des toutes premires associations ou au sein dorganisations rputes proches des partis communistes (PAGS) ou trotskyste (PRS). Elles taient de ce fait faciles cueillir, selon le jargon policier.

Craignant pour leur vie ou celle de leurs proches, inquites pour lavenir de leurs enfants ou ne supportant plus le statut dinfriorit et la pression auxquels elles taient soumises, ces femmes ont pris le chemin de lexil souvent dans la prcipitation, principalement, destination de la France et du Qubec, constate, juste titre, lauteure de lenqute. Il est vrai que le Canada, particulirement sa contre francophone du Qubec, constituait pour ces candidates lexil une terre daccueil privilgie dans la mesure, contrairement la France o le processus est plus long, elles pouvaient bnficier de la protection du statut de rfugies.

Pour pouvoir intgrer le monde du travail, nombre de ces exiles, y compris celles bardes de diplmes et dune solide exprience professionnelle, ont d commencer par accepter des emplois dvalorisants avant que le temps, laide des rseaux, amis aussi et surtout la reconnaissance de leur valeur professionnelle intrinsque narrangent progressivement les choses.

La seule ombre au tableau releve par la sociologue concerne la dgradation des relations conjugales entre nombreuses de ces exiles qui dcouvrent en France et au Canada lidal de vie en faveur duquel elles avaient milit en Algrie (galit entre hommes et femmes, mancipation sociale, etc.) et, certains maris, rests arc-bouts sur des strotypes patriarcaux rvolus depuis longtemps dans ces pays daccueil. Les divorces et autres drames familiaux lis labandon des archasmes patriarcaux sont de ce fait trs nombreux.

Les Algriennes exiles, dsormais protges par les lgislations franaise et canadienne trs favorables aux femmes, disposent en effet de moyens lgaux pour lutter contre les archasmes patriarcaux dont leurs poux, formats par la tradition machiste algrienne ont du mal se dfaire. Do le grand malaise vcu par ces familles exiles, dont lauteure dcrit avec force dtails les dchirements poignants et, bien des gards, souvent dramatiques pour leurs enfants.
Nordine Grim
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