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 Bouguirat..... par Mme Marcelle Martinez-Orcel

         
yasmine27




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: 09/03/2010

: Bouguirat..... par Mme Marcelle Martinez-Orcel    13 2010, 16:59


Par un dcret fait Paris le 16 avril 1862, " Napolon, par la grce de Dieu et la volont nationale, Empereur des Franais " dcide :

"Il est cr dans la plaine de Bouguirat, province dOran, sur la route de Mostaganem Relizane, un centre de population de 48 feux qui prendra le nom de Bouguirat. Un territoire agricole de deux mille quatre cent dix-huit hectares, soixante dix-huit ares, est affect ce centre, conformment au plan ci-annex".

Cest l, lacte de naissance du village de Bouguirat. A partir de cette date, le nouveau village va prendre place, corps et vie au fil des annes.

Suivons le dbut de sa jeune existence travers les vnements, petits ou grands, qui jalonnent ses quinze premires annes. Que lui apporte chacune delles ?

Le village est implant sur le territoire qui lui est attribu par le dcret cit prcdemment. Mais o exactement ?

On envisage tout dabord de le crer prs dun caravansrail construit au bord de la voie Mostaganem-Relizane existant alors. Mais, celle-ci longeant un marais insalubre, le nouveau centre est finalement difi 2 Km plus au nord, sur une nouvelle route reliant les deux villes, 28 Km de la premire et 31 Km de la seconde.

Le territoire agricole qui entoure lagglomration est divis en 126 "lots ruraux". 115 dentre eux sont attribus aux propritaires des lots btir afin dtre exploits comme terres agricoles. 9 sont rservs diffrentes fins : " bivouac, cimetire, instituteur, cure, rserve communale, communal du marais, places publiques, mosque de Sidi Charef, mosque dAbdallah ". Au total : 409 ha 31 a. Le lot n 116 est " donn en concession une compagnie, la compagnie Malavoix, afin de faciliter les essais de cultures cotonnire tendue ".

Le lot n 119 devient, lui, "rserve domaniale". Dpend aussi de BOUGUIRAT, un hameau, le hameau dAn-Madar, situ environ 6 km au nord-est du bourg. Cest un coin vert et fertile grce un ravin qui lui apporte longueur danne leau de nombreuses sources situes dans des montagnes sablonneuses et boises qui le surplombent. Y est install une ferme de 128 ha en amont de laquelle un moulin eau construit par M. Winkel avant mme la cration de Bouguirat, moud le grain des villages environnants et mme des villes plus lointaines comme : Oran, Relizane, Orlansville, etc

An-Madar est reli Bouguirat par un chemin vicinal qui se prolonge jusqu An-Tdls et Souk-el-Mitou (Bellevue). Vers le sud, existe un deuxime chemin vicinal, celui de Bouguirat Perrgaux qui passe par Romry (Nouvion) et la gare de lOued Malah.

Ds lannonce de la cration du village, de nombreux candidats la proprit se prsentent. Pourtant les concessions proposes ne sont pas gratuites. Chaque colon doit sengager btir ses frais une construction en rapport avec la valeur des terres qui lui sont concdes, et ce, dans un temps donn sous peine dtre vinc. Il est en outre impos de " 1 F par ha de lots ruraux et de 0,50 c par are de lots btir ".

Ce qui nempche pas la demande dtre grande ? Devant son importance, ladministration fait un choix. Elle tablit trois listes ; celle des inadmissibles, celle des douteux, celle enfin des admissibles. Finalement, 48 noms sont retenus. Parmi eux : Heintzmann Michel, Blesson Jules, Tortet Jean, Marcel Pierre, Duffaux Hippolyte, Smidt Alexandre, Grignon Zphir, Chabrat Jacques dont des descendants habitent encore Bouguirat un sicle aprs, en 1962.

Tous les concessionnaires choisis alors ne sinstallent pas forcment dans le nouveau village. Certains revendent presque immdiatement leur concession. Ainsi les lots 25 et 28 sont vendus aux Dermy ; le 16, Joseph Estve. Dautres ne se prsentent pas du tout, par exemple, Olivier-Pierre Marutin concessionnaire du lot 22. Enfin, quelques-uns, dans un dlai plus ou moins long, se fixent ailleurs : le propritaire du lot n 12 part Blad-Touaria, celui du n 25 bis Aboukir. Quels quils soient, tous ces nouveaux agriculteurs auront fort faire et pour mettre en valeur des champs en friche " envahis par une fort de jujubiers et de palmiers nains " qui servent de "refuge" un grand nombre de chacals, gazelles et surtout une infinit de moineaux " et pour payer lEtat " la rente des terres dont chaque concession est impose.

Lanne 1863 commence, le 3 janvier exactement, par linauguration du nouveau centre "sous les auspices de M. le gnral Lapasset alors colonel dtat-major commandant la subdivision de Mostaganem". Alors, peu peu, la vie dmarre et sorganise dans cet embryon de village o nexistent ni mairie, ni cole, ni glise. " Le village de Bouguirat ntant cr quavec ses seules ressources, lEtat ne lavait dot daucun btiment civil public ".

Chaque colon sactive sinstaller, construire son toit, sentourer dun jardin o il plante des arbres " de toutes espces ", dfricher les terres de sa concession. Comme il faut assurer la nourriture de chaque famille, une dcision commune est prise : la cration dun troupeau de porcs, btes qui ne demandent que peu de soins. Au dbut de lt, un vnement important par ses consquences : la compagnie Malavoix est dchue de ses droits de proprit par le conseil des Affaires civiles de la division ; dcision que le Gouvernement Gnral approuvera le 1er aot. A la suite de quoi, les 400 ha du n 116 et, dans la mme foule, les 644 ha 98 a 80 ca du n 119 rservs, les premiers la compagnie Malavoix, les seconds comme "rserve domaniale" sont "proposs pour tre affects la colonisation".

On divise alors la premire parcelle en 15 "lots de ferme" de 22 30 ha chacun et la deuxime en 24, dune tendue analogue. Soit au total, 39 lots de ferme situs derrire le marais au sud du village qui viennent sajouter aux quelques domaines ruraux crs initialement. Et pourtant, peu de fermes se creront, aussi bien immdiatement que plus tard. En 1877, quinze ans aprs la cration du centre, 4 seulement "seront bties" et 2 "seulement habites".

A cela, deux raisons majeures : dabord, linsuffisance des terres concdes une ferme, ensuite, la difficult de sy ravitailler en eau. Dans les lots de ferme, "il faut aller 15 ou 20 mtres pour trouver leau ; encore est-elle saumtre et en petite quantit".

Un problme que ne connat pas le village lui-mme car, autour de lagglomration, existe, sous une couche de tuf blanc situe 50 cm de profondeur, une nappe deau " ne renfermant aucun sel pouvant lui donner un got dsagrable", "une vraie rivire souterraine". Si bien que " chaque maison a son puits dont la profondeur est en moyenne 4 m ", un puits dont " leau bonne et limpide cuit parfaitement les lgumes ", qui est " frache sans tre froide et lhiver parat tide lair extrieur ".

Lopration "fermes" chouant, les lots leur revenant sont concds " des employs militaires et civils en activit ou en retraite ", habitant les villes ou mme la France et qui ne viendront jamais visiter leur concession mais se contenteront de louer ou de faire louer leurs terres des Arabes.

Ce qui influe sur la physionomie de lagglomration elle-mme. La population tant moins forte quon ne lavait espr, beaucoup de lots bis restent vacants. Ils seront alors concds soit des colons dj propritaires du lot mitoyen ouvrant ct route " ce qui leur constitue une proprit de 30 ares au lieu de 15 ares ", soit vendus dans le domaine de nouveaux demandeurs.

En 1872 la plantation darbres de diffrentes espces continue et se diversifie. Sont plants ce jour 2625 arbres fruitiers feuilles caduques, 125 bananiers, orangers et citronniers ; 500 forestiers et dagrment et 500 mriers. Pourquoi tant de mriers ? Quelques colons essaient dlever des vers soie. Ils y russissent trs bien. "La graine est belle et le ver dune belle venue". Malheureusement, le manque dacheteurs et linsuffisance des plantations de mriers les obligent abandonner. Enfin 140 oliviers sont greffs. Le btail a augment en nombre. 70 chevaux, 25 mulets, 130 bovins, 270 ovins, 83 caprins, 225 porcins sont recenss cette anne-ci.

Construction de lcole et de la mairie en 1875, paye en partie par la commune, en partie grce des subventions de lEtat. Jusque-l, comme aucun btiment public nexistait depuis sa cration, la commune a d elle-mme suppler cette absence. Elle la fait en louant des locaux privs o sinstallent les principaux services publics. Ce qui absorbe la plus grande partie de ses revenus.

Daprs un rapport en date du 18 avril 1877 rdig par M. Marcel, le propritaire de la ferme du hameau dAn-Madar et du "moulin farine" mais surtout, le maire du village, le nouveau centre cr le 16 avril 1862 sur la route de Mostaganem Relizane "a progress dune faon assez sensible". Sa population "en majeure partie travailleuse et nergique o il ny a aucun ivrogne" a russi malgr les grandes difficults que lui procuraient "la nature du sol, linsurrection, les pidmies, les sauterelles " btir en peu de temps, un vrai village dune soixantaine de maisons, avec une glise, une mairie, une cole, une cole laque gratuite o " linstituteur qui est mari, a une subvention de la commune pour que sa femme ait soin des petits enfants et donne des leons de couture aux jeunes filles ", et mme, un mdecin de colonisation, M. Colozi, qui rside Aboukir mais qui vient chaque semaine, le jour du march, visiter les malades ; un village vivant o rgne " une certaine animation " quil doit au march du mardi trs frquent et sa situation mi-chemin entre deux villes dont il est le point-relais. Chaque jour, dix voitures publiques auxquelles sajoutent de nombreux vhicules de transport et aussi des voitures particulires, le traversent ou y font tape. un village davenir puisquil " est parvenu surmonter tous les obstacles par lnergie de ses habitants que rien na pu dcourager " et quil na cess de progresser de jour en jour.

La seconde guerre peine finie, le village repart de lavant. Il emploiera ses dernires annes parfaire son image et rendre la vie plus facile et plus agrable ses habitants. Un poste de mdecin de colonisation ainsi quun dispensaire pour indigents sont crs. Le Docteur Geisen soccupera des deux jusquau dernier jour. Une pharmacie, tenue par M. Petit, ouvre ses portes.

Une classe de plus est ouverte lcole des filles. Une poste nouvelle et fonctionnelle est construite. La mairie voit sa faade restaure ; les places publiques sont transformes en jardin et les vieux mriers des boulevards - cause de leur ge justement- sont remplacs par des orangers amers si odorants au moment de leur floraison. Un bois de peupliers est plant la suite du march et les collines avoisinantes du cimetire sont reboises. Pour permettre ses occupants de se ravitailler en eau sur place, un puits est creus lintrieur du douar du cimetire tandis qu proximit de celui du marais, o leau est saumtre, un puits deau douce est for.

En 1962 et cent ans aprs, Bouguirat, avec ses maisons individuelles coquettes et fleuries, ses larges boulevards, ses arbres, ses abords bien entretenus, est un des villages les plus coquets de lOranie franaise.

Madame Marcelle Martinez-Orcel

    
 
Bouguirat..... par Mme Marcelle Martinez-Orcel
          
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